lundi 27 octobre 2014

TEDx Lecce: le Futur ( Traduction française)

 « Pensez-vous, vous aussi, que l’avenir appartient, effectivement, aux jeunes? »





Je constate que la majorité d’entre vous le croit et que le reste ne le croit pas vraiment !

Je ne vous cacherai point de ma part  que je ne crois pas du tout de cette sentence  qui est souvent martelée comme une lapalissade, une vérité absolue, ou l’évidence même.

Car l’avenir  est dans son essence même le fruit du passé et du présent.

Ceci d’une part. Ensuite n’oublions pas que les jeunes du moment présent ne seront plus jeunes, ou du moins ils seront moins jeunes bien évidemment, dans le futur.
De la je ne suis qu’a deux doigts de  croire que l’affirmation « l’avenir appartient aux jeunes » ne serait qu’un leur, un appât  ou une supercherie ! Voyons voir ?
Qui décide vraiment de ce que vont être nos pays, notre mer méditerranée  ou notre monde d’ici 1O, 15 ou même 2O ans ?  Ont-ce vraiment les jeunes ?

Quel est le poids véritable qu’ont les jeunes dans les décisions économiques, politiques, ou d’aménagement actuelles qui feront nos villes, nos régions, nos campagnes et notre environnement de la prochaine décennie ?!
Qui sera aux commandes du Pouvoir d’ici 5, 1O, 15 ou 2O ans ? Des jeunes pour la majorité d’entre eux ? Où ne serait ce  que pour une partie d’entre eux ?

Personnellement je ne vois aucun signe précurseur, aucun indice  annonciateur, aucun soupçon de preuve pour croire  que la sentence n’est pas plutôt trompeuse !

Certains parmi vous et beaucoup parmi les moins jeunes pourraient répliquer : « Mais la jeunesse n’est point question d’Age ! C’est plutôt une affaire d’âme, d’esprit et de coeur ! »
Je ne pourrai que m’incliner devant cette objection.
Mon ami Stéphane Hessel est resté effectivement jeune, créateur et d’une vitalité évidente jusqu’au jour qui l’a vu, malheureusement, nous quitter. Sa créativité s’est surtout exprimée en faveur des jeunes. Puisqu’il s’est attelé a nous  faire comprendre que notre futur, notre avenir, se bâtit « Here and Now», et que c’est a nous de vouloir décrocher la lune, reconstituer le monde et reconstruire l’humain la ou nous sommes, dans l’immédiat et en ne comptant sur nos propres forces. C’est ainsi qu’il nous a exhorté a nous INDIGNER !

Mais Stéphane Hessel représente-t-il, a votre avis la règle ou l’exception ?!


Voyez ceux qui planifient pour les guerres, ceux qui polluent terre et ciel, ceux qui ne courent que derrière le profit quitte a faire mal aux entrailles de notre planète (gaz de schiste, mines abominablement gérées, surexploitation des nappes d’eau etc) ainsi qu’a sa surface (déforestation, épandages d’insecticide et de polluants.)
Voyez tous ceux qui font qu’au lieu de nous rapprocher encore et encore, l’on nous construit chaque jour de nouvelles barrières et des murs plus hauts comme c’est le cas pour les déplacements du sud vers le nord  ou pour la séparation raciste et ignoble entre les Palestiniens et leurs occupants.

Puis d’un autre coté, croyez-vous vraiment que les jeunes qui participent a gouverner notre monde, a gérer ses affaires et a dessiner ou redessiner son visage à-venir, représentent réellement les jeunes ?!

Moi de ma part, je ne le pense pas. Je ne suis pas seulement sceptique, je ne le pense pas du tout.
 Et pour vous expliquer encore mieux pourquoi je n’y crois pas du tout, je  vais vous raconter-mais plutôt, brièvement- un pan de ce que mon pays-la Tunisie a vécu ces derniers temps et ce qu’il continue a vivre a l’instant présent même.

Vous tous ou du moins la plupart d’entre vous  , avez entendu parler de notre révolution que les médias occidentaux ont vite fait d’appeler ‘Révolution du Jasmin » puis d’y voir l’annonce d’un « Printemps Arabe » …

Alors sachez- au cas ou vous l’ignoriez ! que ma Tunisie n’a connu toute la moitié d’un siècle  que deux présidents . Et que  ces deux présidents n’ont quitté le pouvoir que forcés : le premier suite a un coup d’état ourdi par son successeur, et le second  dans les conditions que vous connaissez, fuyant lâchement la colère des jeunes qui ont défié  ses forces de répression, ses sbires et l’omnipotence de son parti-état.
Etant de ceux qui n ‘ont pratiquement vécu, -du moins conscients et a même de comprendre les choses de la vie- que sous le régime du second, je peux vous dire que je ne savais de fait ce qu’étaient un sit-in, une manif ou toute autre action contestataire que par mes lectures ou en regardant des films ou a la télé.
Cela pour ne pas vous parler de connaître ce que c’était qu’un débat libre, qu’un échange entre porteurs d’idées contradictoires, une expression libre ou la possibilité de s’engager dans un parti  autre que celui qui se vouait a servir le despote et son clan.
Autour de moi, dans mon milieu familial et dans le cercle des amis de mes parents, pourtant enclins à la contestation et au refus de s’aligner, j’entendais surtout des appréciations des choses  et de la situation  plutôt nihilistes, négatives, pessimistes et accablées. On disait, comme s’il s’agissait d’une décision implacable du Destin, que les choses étaient loin de pouvoir évoluer ou plutôt de changer, que notre peuple a conclu un contrat  non révisable  avec la résignation. Et l’ont considérait que ne pas se soumettre, refuser de pratiquer le népotisme et la corruption, ne pas accepter de se placer parmi les chantres de la dictature, c’était déjà faire  acte de bravoure et de… révolution !
Des jeunes,  on disait que leurs ambitions  étaient matérielles, qu’ils ne cherchaient qu’a mener la belle vie a n’importe quel  prix et qu’ils avaient perdu  tout sens  de la responsabilité, de la solidarité  et du dévouement  pour autrui et pour la  patrie. Le mouvement qui a abouti au 14 janvier 2O11 et une grande partie des évènements qui ont eu lieu depuis et jusqu'à notre jour présent ont démontré le contraire.

En effet, ce sont tout d’abord et principalement nos jeunes (et dans beaucoup nos jeunes femmes et filles)  qui ont défié le Pouvoir, et offert  leurs poitrines nues aux matraques et aux balles  des forces  de répression, qui ont  inhalé les gaz et dormi sur la place publique. Oui, ce sont surtout nos jeunes qui ont réussi, à raviver la flamme, a rendre l’impossible possible, et a faire peur pour un régime qu’on croyait indéboulonnable et un lâche  a qui la plupart des gens  et des gouvernements  rendaient grâce et montraient leur complaisance.
Ce sont surtout nos jeunes qui ont scandé : « Emploi, liberté et dignité ». Ce sont surtout nos jeunes qui se sont tout-de suite  opposés a la mise en place d’une nouvelle dictature a la place de celle qui a commencé a s’effriter ou avec elle.

Ce sont nos jeunes qui ont maitrisé  l’outil informatique, les technologies nouvelles de communication et qui ont réussi  a passer entre les filets  de cette  chape de plomb  qui a maintenu notre pays muselé des décennies durant. Mais voyez-vous, ce sont les vieux, de très vieux –même  et des « pas-très-jeunes » ou des « moins-jeunes »  qui ont fini par maitriser la situation, par prendre ou reprendre encore une fois le pouvoir et pour s’asseoir de tout leur poids sur notre destinée.
Et donc encore une fois il a été  démontré que « dire que «  le futur ou l’avenir appartient aux jeunes «  n ‘est que vendre du vent ou semer l’illusion.

Un autre exemple et puis je vous libère. Tant pis pour vous si vous  si vous en bavez, vous n’aviez qu’a ne pas m’inviter !

Un autre exemple donc.
Vous ne el savez pas peut être mais voyager pour nous, les habitants de la rive sud de la Méditerranée est devenu une gageure, un rêve souvent impossible a réaliser, un chemin de croix.
Cela n’était pourtant pas le cas  du temps ou ma mère  était étudiante. Car ma mère quand elle était étudiante a bien voyagé. En Europe surtout  et sans difficulté. Alors que moi, jeune enseignante  et ne représentant aucun signe  qui  pourrait faire croire que je voudrai m’installer, je n ‘aurai pu jamais voyager autant  si je n ‘étais pas la bloggeuse qu’on invitait. Informez vous vous réaliserez comment il est pénible et insultant de tenir la queue  pour quémander un visa (payé) pour quelques jours, vous verrez que même une fois  arrivé a destination  les obstacles ne finissent pas. Posez-vous toutes ces questions puis dites moi s’il est encore vraiment possible  pour nos jeunes  de communiquer entre eux, de s’organiser, de rêver ensemble a un monde autre, de faire déconstruire toutes ces murailles que les pays mettent en place  autour de leurs territoires.

Dites-moi s’il est encore vraiment permis de croire a un futur plus étincelant, plus bariolé, plus lumineux et plus équitable pour nos jeunes ?

Je termine. En vous avouant que malgré mes mots rudes, difficiles a digérer et presque assassins, je reste de ma part convaincue qu’il reste effectivement  possible de bâtir un monde meilleur, un avenir plus radieux.

Mais cela ne pourra se faire que si les jeunes prennent conscience  que c’est a eux de le faire , par eux –mêmes  et Here andNow !

Indignez-vous donc ! Indignons nous ! Et commençons a construire notre futur  dés maintenant .Tout de suite et chacun selon ses forces !




TEDx Lecce Future

“Do you also think that the youth are indeed writing the future”? Do you also think that the future belongs to the youth”?






I notice that the majority of you believe that.  But the rest, really do not!


Personally I won’t hide the fact that I don’t believe it. I don’t believe this sentence that is often hammered into our heads like a truism, an absolute truth, or the obvious. 

Indeed, in its essence, the future is the result of the past and the present combined.


This is on the one hand. On the other hand we cannot forget that today’s youth will not be young in the future, or at least will not be as young as they are today.

From here, I’m on the verge of believing that the affirmation: “The future belongs to the youth” is just a lure, abait, a hoax, or a vast deception!

Let’s see!!!

Who really decides what our countries, our Mediterranean, or our world   will be like in 1O, 15, or even in 2O years? Are they really the youth?

What is the real weight of the youth in the economic, political, and management decision-making processes that will shape our cities, regions, countryside and environment in the decades to come ?


Who will obtain the levers of power in 5, 1O or 2O years?  Will young people seize them? Will at least a small part of the youth be involved in decision-making positions?

Personally I see no sign, no hint of evidence, and no clues to believe that the sentence: “The future belongs to the youth” is not misleading!

Some of you, including those older than you, would object: But youth is not a question of age! It is rather a matter of soul, mind and heart!

I can only recognize and bow down before this objection.

Actually, my friend the French author and human rights defender Stephane Hessel remained young, creative and full of vitality until the sad day that he left us. His creativity mainly targeted the youth.

He had been working to make us understand that our future is built,  “Here and Now”.
 He taught that we have to aim for the moon and to reach for the stars, to reconstitute the world and rebuild the human here at the point where we are standing, immediately and relying on our own strength and capacities. He urged us to get angry! It’s time for outrage he wrote!


But in your opinion, is Sephane Hessel the exception or the rule?

Look at those who are planning wars, those who are polluting the earth and the sky, those who just seek profit regardless of the harm that they can cause to the depths of our planet (through shale gas, horribly managed mines, over-exploitation of ground water etc.) as well as the damage they can cause to its surface (through deforestation, insecticide sprays and other  pollutants)


Look at all those who instead of bringing us closer to each other are everyday building new barriers and higher walls, as is the case for travelling from south to north, or for the racist separation wall between Palestinians and their occupiers.

Then, from another perspective, do you really believe that the youth who are involved in governing our world, managing its affairs, and drawing and redrawing its face to come really represent the youth?

For my part, I don’t think so. I am not just skeptical. I don’t believe it at all.

And to better explain why I don’t believe it at all, I will tell you rather concisely, about a part of what my country Tunisia has experienced in recent times and what it continues to witness now.

I suppose that all of you have heard about our revolution, which western media was quick to label “the Jasmine Revolution” and which proclaimed the announcement of “the Arab Spring”.

In case you did not know, my country did not experience more than two presidents for more than half a century. Both of those presidents have been forced to leave office; the first following a coup hatched by his successor, and the second under the conditions that you already know. In Januray 2O11, he cowardly fled the wrath of the youth; the youth who challenged his oppressive forces, his minions, and the omnipotence of his party-state.

Being one of those who lived almost entirely under the regime of the second, I can tell you that at the time, I had never known about a sit-in, a demonstration, or any other kind of protest actions except in books, movies or on TV channels, not to mention free debates, the exchange of opposite ideas, freedom of speech, or the ability to engage in another party aside from the one dedicated to serve the dictator and his clan.

Around me, in my family and in my parents’ circle of friends,  and despite being prone to protest and refusing to line up, I mainly heard nihilistic, negative, pessimistic commentaries on the situation.

It was said, as if it were an implacable decision of the fate that things were far from evolution or change; that our people have concluded a non- reviewable contract with resignation. We considered the acts of refusing to kneel down, not being involved in corruption and nepotism, and refusing to be among the vibrant advocates of the regime as acts of bravery and revolution!!!!


Of youth, it was said that their ambitions were mainly materialistic. That they were just seeking to lead a luxurious and good life at any price, and that they had lost all sense of responsibility, solidarity, devotion and dedication to others and to their country.


The movement that led to the ousting of the dictator Ben Ali on January 14th 2O11 and many of the events that have taken place from that day until now have proven the opposite.


Indeed, the youth, and many among our women and girls, mainly and defied and challenged the regime and its oppressive forces. They offered their bare chests to the bullets and truncheons of the repression forces. They inhaled the tear gas and slept on the public squares. Yes, our youth managed to rekindle the flame, and to make the impossible possible, and to threaten a regime that seemed untouchable and cowardly, a regime  to whom the majority of people and governments used to show loyalty and complacency.

It was mainly the youth who chanted: “employment, freedom and dignity”. It was mainly the youth who immediately refused the establishment of a new dictatorship as a replacement of the one that started to crumble.

It is our youth who mastered computer skills and new technologies of communication, and who managed to go through the threads of this wall of silence and leaden shroud that muzzled our countries for decades. But can’t you see that the very old, the old, the not-very young, and the less- young are the ones who came to master the situation, to once again take power and sit down with all their weight on our destiny?  


Once again, it has been shown that saying that “the  future belongs to the youth “is selling wind and sowing illusion.

Just one more example, and then I will release you. Too bad for you if you have a difficult time, you shouldn’t have invited me.

So, another example:

May be you didn’t know it, but travelling has became for us,the inhabitants of the southern shore of the Mediterranean a challenge and a dream that is often impossible to fulfill.


This was not the case when my mother was a student. When my mother was a student, she had the opportunity to travel easily especially in Europe. On the other hand, a young teacher and presenting no signs suggesting that I had the intention to settle down, I would have never been able to travel as much as I do if I weren’t the blogger you invite to give speeches and to take part in conferences.


Try to find out and you will realize how it is hard, painful and insulting to queue in order to beg for a few days paid visa. You would realize that once arrived to your destination you would face new obstacles.


Ask yourselves all these questions, then tell me if it is still possible for young people to communicate with each other, to organize, to dream together of a better world, to destroy all these walls that countries build around their territories.

Tell me if it is really possible to believe in a shining, glittering and luminous future for our youth?

I will finish by confessing to you that despite my harsh words, that are difficult to digest. I remain convinced that it is still possible to build a better world and a brighter future.
But this will only happen if the youth become aware that it is up to them to do so , by themselves, and Here and Now ;

It’s time for outrage! Lets’ get angry! And let’s start to build our future now!
Right now
 Each according to his abilities and powers!

mercredi 15 octobre 2014

Rassemblement Contre la Torture !

Aujourd'hui le Jeudi 15 Octobre 2O14 s'est tenu devant le ministère de l'intérieur  un rassemblement pour dénoncer la torture et  ceci suite a un appel fait par les associations et organisations suivantes: 






Amnesty International
AI
Association Internationale pour le Soutien des Prisonniers Politiques
AISPP
Association Justice et Réhabilitation
AJR
Association Al Karama
Association Tunisienne des Femmes Démocrates
ATFD
Association Tunisienne des Jeunes Avocats
ATJA
Association Tunisienne pour la Réinsertion des Prisonniers et le Suivi de la situation des prisons
ATRP
Conseil National des Libertés en Tunisie
CNLT
Coalition Tunisienne Contre la Peine de Mort
Coordination Nationale Indépendante pour la Justice Transitionnelle
CTCPM
CNIJT
Institut Danois Contre la Torture
Dignity
Réseau Doustourna
Doustourna
Réseau Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme
Euromed
Fédération Internationale des ligues des Droits de l'Homme
FIDH
Forum Méditerranéen de la Mémoire
FMM
Freedom Without Borders
Human Rights Watch 
FWB
HRW
Justice pour les Anciens Militaires
INSAF
Liberté et Équité
L&E
Ligue Tunisienne pour la Défense des Droits de l’Homme
LTDH
Observatoire Chahed
Organisation Contre la Torture en Tunisie
OCTT
Organisation Mondiale Contre la Torture
OMCT
Observatoire Tunisien des Prisonniers
OTP
Organisation Tunisienne pour les Reformes Pénales et Sécuritaires
OTRP
Reprieve
Réseau Tunisien pour la Justice Transitionnelle
RTJT

Cet appel  a été fait  suite  a la récurrence  des cas de décès suspetcs dans des centres de détention et   dans des prisons. Dans la majorité des cas, les familles des victimes ainsi que des représentants de la société civile évoquent un décès survenu a cause de la torture.

Pour voir toutes le photos cliquer ici. 


mardi 14 octobre 2014

Femmes Tunisiennes et Révolution

Le weekend dernier je devais participer au Congrès anniversaire des Mères pour la Paix "Les femmes déclarent la paix !"  mais malheureusement je n'ai pas pu faire le déplacement a Paris.Cependant je tiens a partager  avec vous le discours que j'ai préparé pour cet évènement :



Mesdames, Messieurs, Bonjour! Je n’en ai pas l’habitude mais cette fois-ci je ne sais pas trop pourquoi -moi Lina Ben Mhenni assez souvent qualifiée par certains de mes concitoyens  de laïque, de maçonnique,  de vendue a l’occident et condamnée a être  liquidée, parait il, parce que je serai hérétique –je tiens a commencer mon intervention par un « hadith », soit : une citation du Prophète Mohammad ! Cette citation affirme que : « le Paradis est sous les pieds des mères ! ». Je ne sais pas ce que vous, vous pensez, mais moi, de ma part, j’y crois. J’y crois même dur comme fer : ce sont bien les mères, et donc les femmes, qui détiennent les clefs du paradis !


Non ce n’est pas du tout dans mes intentions de m’étaler sur ce sujet précis. Je ne l’ai au contraire évoqué qu’en tant qu’entrée en matière pour mon intervention axée sur le thème : « la Révolution tunisienne : un gain/changement pour la femme tunisienne ? », thème déclaré ici sur  le mode interrogatif bien évidemment !
Mais pour pouvoir aboutir a une esquisse de réponse, il me faudrait tout d’abord, brosser- ne serait-ce que de façon rapide –un rappel de la situation  de la femme dans la société  tunisienne d’avant le 14 Janvier 2O11.
On affirmait a toute occasion que le statut de la femme tunisienne était le plus avancé dans tous les pays arabes et musulmans. Le Code du Statut  Personnel promulgué dés 1957,  a instauré le mariage civil, interdit la répudiation  et la polygamie, imposé un âge minimum au mariage et donné une   certaine latitude a la femme pour participer  a la gestion  des affaires de la famille.

Dans la vie professionnelle la femme tunisienne  s’est imposée aux premiers rangs et est devenue majoritaire dans  plusieurs métiers  dont surtout le paramédical, l’enseignement et même certaines  activités  de l’administration. Le nombre de femmes médecins, ingénieurs, chefs d’entreprises ou même pilotes d’avion allait croissant. Certaines sections d’études universitaires voyaient les jeunes filles dépasser les garçons en nombre et en… résultat !
Dans la rue les femmes étaient aussi présentes que les hommes. Avec toutefois cette différence que les hommes passaient beaucoup plus de temps  aux cafés et bars ou  a la mosquée, alors que les femmes devaient  travailler doublement  c’est a dire  en dehors de la maison    et dedans ! L’âge  relativement élevé du mariage (plus de 31 ans en moyenne), l’amélioration relative des conditions  de vie et notamment l’accès  a la voiture privée (grâce a un système de financement  particulier  et a une voiture  dite « populaire » assez adorable par crédit) ont donné aux femmes une certaine liberté, je dirai même une liberté certaine, pour ce qui est de leur vie privée.

Certaines études spécialisées et des sondages effectués de temps a autres affirmeraient  que les tunisiennes  étaient en bonne position pour réaliser leur liberté sexuelle.

Cela ne masquait pas toutefois que la grande majorité des emplois a faibles salaires, ceux faisant partie notamment de l’agriculture et des activités manufacturières étaient occupés par des femmes , que les filles étaient relativement plus nombreuses que le garçons parmi les chômeurs  diplômés, et que l’abandon scolaire était plus fréquent parmi les filles dans les campagnes et dans les cités populaires .

Et pour revenir au coté lumineux du tableau j’y ajouterai que des femmes- essentiellement  celles rassemblées au sein  de l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD) – qui étaient parmi les organisations  de la société civile  les plus harcelées par le Pouvoir-  avaient même  évoqué des questions  plus  pointues, j’allais dire, comme l’égalité en matière d’héritage, la violence conjugale et l’abrogation sans réserve de la convention internationale dite CEDAW. Ces femmes et d’autres allaient même  jusqu'à débattre de la nécessaire évolution que devait connaître la présence des femmes dans les instances de l’administration du pays !

Puis advint le 14 Janvier 2O11. La lune était a nous. Tout le ciel était a nous .C’est la au moins ce qui nous a semblé être le cas  pendant ce jour la et les quelques petites semaines qui suivirent ! Beaucoup de femmes-de jeunes femmes  surtout mais aussi des moins jeunes –étaient de la partie. Et aux premiers rangs. Tout d’abord lors des émeutes du bassin minier  en 2OO8  -2OO9  et 2O1O, et parmi les étudiants syndicalistes. Ensuite parmi les cyber activistes (comme on aime nous qualifier en occident) et parmi les contestataires de décembre 2O1O.D’ailleurs et ces jours, il me revient a l’esprit l’image de cette jeune dame qui s’est pendue par les bars a une fenêtre  de la centrale syndicale et qui, en cette position, harangué la foule  et l’électrisa. Me revient  aussi a la mémoire l’image de cette « travailleuse  du sexe » que j ‘ai déjà évoquée dans mon opuscule accourue de son bordel public pour protester contre la répression.

Le 14 Janvier, l’Avenue principale de Tunis n’était pas comme on dit «  noire de monde », mais plutôt colorée, bigarrée et plutôt féminine ! Les jours d’après les blogueurs ont organisé le premier sit-in de l’après 14 Janvier, a la mémoire des martyrs. Sit-in de recueillement  fait de silence et de bougies. Sit-in qui a prouvé que l’essentiel  de la société  (j’utilise ce terme pour rigoler bien sur puisque la plupart des blogueurs  n'étaient affiliés qu’a la … toile) Et cela est un aspect des choses qui n ‘a pas encore  été suffisamment développé a  mon avis) je disais que le sit-in  a prouvé qu’une partie essentielle  des bloggeurs étaient en fait des bloggeuses.




Mais laissez moi dire aussi que ce soir-la  les candides que nous étions, avons  découvert  que notre chemin vers l’avenir radieux n’était point … sans embuches.
En effet, ce soir la nous avons eu notre part d’agressions verbales de la part d’inconnus en civil » qui nous ont accusés d’hérésie (commémorer les martyrs et allumer des bougies étaient illicite de leur point de vue religieux !) et nous ont intimé l’ordre de rentre a la maison (la seule place vraiment  faite pour les femmes !)

Quelques semaines plus tard quand la société civile, ATFD en tête, est sortie manifester pour l’égalité des chances, pour une Tunisie plurielle  et équitable et civique, nous avons en toute latitude pu commencer a réaliser que le véritable combat est encore a venir.

-« La seule place qui vous convient est a la cuisine ! »  A-t-on entendu gueuler !


Puis vivement les élections d’octobre 2O11
Et al le ciel nous est tombé sur la tête. Les appels a la polygamie. Les fatwas et sentences sur l’excision des filles. Le tsunami des niqabs et des habits afghans. Les accusations si fréquentes d’apostasie. L’appel au retour du « Califat », de la suprématie du religieux et a l’application  de la Charia et j’en passe
C’était a  en perdre ses repères. Mais même  en ayant titubé  quelque peu, et quoique  la société politique soi-disant moderniste ayant plutôt choisi de tergiverser, nous avons pu ne pas mettre trop de temps pour nous ressaisir. Il faudrait peut-être dire  qu’Ils (je veux dire les obscurantistes, les nouveaux despotes  se voilant derrière une lecture préhistorique  de la religion) nous ont vraiment aidés.
En allant trop loin dans leur arrogance,  je veux dire. Refus de reconnaître de façon claire et sans détours la primauté des conventions internationales notamment celles portant sur la garantie des droits humains. Appel a la complémentarité  et non pas a l’égalité entre les deux sexes. Rôle inférieur  de la femme au sein du ménage. Rejet du caractère moderne et civique de l’état … Et ce ne sont la  que des exemples ! La société civile active, les associations mais aussi beaucoup de gens « ordinaires » (passez-moi l’expression) se sont mobilisés. Ils se sont mobilisés pour une société moderne, un état civique, le respect des libertés collectives ainsi que les libertés individuelles dont la liberté de conscience. Et contre la barbarie et la violence !
Et quand les forces de l’obscurantisme sont allées jusqu'à l’assassinat, le sang versé des martyrs (Chokri Belaid et Mohamed Brahmi notamment) a vite fait de souder les gens !  Et si vous regardez les images et vidéos  de l’inhumation des martyrs vous allez  vous rendre compte de façon  sure et automatique, allais je dire !-que les femmes étaient la y compris a l ‘intérieur  du cimetière et près des tombeaux. Chose qui a été  d’ailleurs  dénoncée  a cor et a cri par certains fondamentalistes ! Puis , les associations , les activistes des droits humains ainsi que toutes les forces vives du pays ont organisé le sit-in du Bardo, ont réussi  a bloquer le travail de l’Assemblée Constituante et a faire admettre l’adoption d’une ligne de rédaction de la Constitution  qui ne soit pas , du moins pas de façon évidente, contraire aux libertés fondamentales.

Puis nous avons vécu, a l’occasion de la célébration de la Journée Nationale de la Femme, le 13 aout 2O13, ce déferlement coloré et bon –enfant malgré la tristesse. En effet, quelques dizaines de milliers, sinon plus , ont chanté scandé des slogans et marché longuement pour le libertés  et pour l’égalité entre citoyens indépendamment de leur sexe, de leur couleur et de leur croyances.

Le message était clair. La symbolique de l’événement était évidente. Et la mobilisation était forte ! 
Actuellement, nous vivons comme un temps mort. Chacun scrute l’avenir. Les uns désespèrent. D’autres sont confiants. Mais la majeure partie est prête  a se battre et est convaincue qu’elle n’a que le choix de se battre.


Il est vrai que la marée est encore dans la phase du reflux, mais les signes d’une nouvelle avancée  sont bien la.

Et puisque l’objet de mon intervention porte essentiellement sur l’impact de la révolution sur la femme tunisienne je vais me limiter a quelques constats sur le sujet : Les tunisiennes  ont beaucoup appris-me semble t-il de la Révolution, et des quatre  dernières années. Elles ont appris que les droits et les libertés ne s’octroient pas mais s’arrachent. Elles ont gouté aux joies  de la lutte et de la contestation. Elles ont, elles aussi, surmonté leur peur et fricoté avec le gaz lacrymogène et les matraques. Il y a même  eu des martyrs parmi elles. Après des décennies ou la plupart d’entre nous n’étions qu’un troupeau docile, nous avons appris nous tunisiens ne général et nous les tunisiennes en particulier, que notre pays est a nous tous, que si nous voulons accéder au statut d’humains et de citoyens a part entière nous devons le mériter qu’aucun acquis n’est fait pour durer si l’on fait rien  pour le consolider. Après nous être accommodés avec le silence pour près  un demi siècle  nous avons retrouvé  notre voix, nous avons reconquis  notre droit  a nous rassembler . Imaginez vous seulement  ce que cela représente  vraiment pour des gens qui sont nés, ont grandi, sont devenus adultes et même plus qu’adultes sans avoir jamais foulé le sol des places, placettes et avenues pour protester, contester ou revendiquer, et qui de nos jours, trouvent le souffle pour continuer a lutter des années durant ?!

Nous femmes, nous avons  été de toutes les manifestations et marches, de tous les sit-in. Nous femmes nous sommes dans toutes les associations, dans tous les partis. Nous descendons dans la rue, seules, et en compagnie de nos hommes : nos frères, nos compagnons, nos mères, nos pères, nos enfants… On a souvent vu des familles entières marcher cote a cote malgré la violence ou passer la nuit  dans un sit-in  sous la pluie et malgré le vent. Nous femmes nous avons appris que nous pouvons  égaler nos hommes-pour ne pas dire les surpasser en témérité, en initiative et en courage. Nous avons appris a débattre, a négocier et a nous  imposer même, a la  maison, au boulot, dans la société civile et face aux forces de la répression. Et c’est la  que changement il y’a eu, et que gain s’est produit !  On a même vu un certain été, des femmes de Mahdia et d’ailleurs aller chercher leurs conjoints sur les terrasses des cafés  pour les amener aux manifestations.

Tout en comptant  sur votre compréhension et en espérant  que vous vouliez bien m’excuser d’avoir été si longue , je voudrai terminer en paraphrasant la citation par laquelle j’ai commencé pour dire : « La Révolution tunisienne est maintenant sous les pieds des mères, pardon des femmes ! « 
La Révolution tunisienne sera féminine ou ne … s’accomplira pas !